Pourquoi produire de la viande de culture ? Le point de vue d’un chercheur

Chez New Harvest

Andrew Stout est chercheur associé chez New Harvest, l’institut de recherche à but non lucratif qui innove dans les domaines de la viande de culture et l’agriculture cellulaire.

ChemoMetec est fière de s’associer au travail de New Harvest pour développer le domaine de l’agriculture cellulaire. Nous avons discuté avec Andrew des raisons pour lesquelles il se passionne pour la viande de culture et quelle direction ce secteur pourrait prendre.

Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à la viande de culture ?

Je me suis intéressé à cette perspective pour la première fois après avoir lu un article du New Yorker écrit en 2011 et intitulé « Test Tube Burgers ». J’ai lu l’article dans le cadre d’un cours de journalisme spécialisé sur les questions alimentaires que j’ai suivi au cours de ma dernière année de lycée et cette idée m’a complètement fasciné.

Au cours de mes études supérieures, j’ai eu la possibilité de continuer à étudier ce sujet en travaillant dans le laboratoire du Dr. Mark Post pendant un séjour d’été à l’Université de Maastricht, aux Pays-Bas. Les membres du laboratoire de Mark étaient le groupe auquel était consacré cet article du New Yorker et ils s’efforçaient de produire le premier hamburger de culture au monde.

Cette expérience fut formidable et elle a stimulé mon intérêt jamais démenti pour ce domaine dans lequel je n’ai plus jamais cessé de m’impliquer.

Pourquoi la viande de culture est-elle importante ?

Pour d’innombrables raisons ! En voici quatre qui me motivent particulièrement. Dans le désordre :

A) la production de viande conventionnelle se révèle extrêmement nocive pour l’environnement. Elle est responsable d’un pourcentage important des gaz à effet de serre anthropiques et mobilise une grande partie des terres arables et des ressources en eau du monde. La viande de culture, quant à elle, offre le potentiel de réduire l’empreinte environnementale liée à la production de viande.

B) Parallèlement à ces préoccupations environnementales, l’élevage conventionnel, en particulier dans ses versions les plus intensives, soulève de nombreuses questions éthiques. Le recours à la viande de culture est susceptible de considérablement améliorer le bien-être des animaux, car la nécessité d’en abattre pour obtenir de la viande disparaîtrait.

C) Du point de vue de la santé humaine et de la sécurité alimentaire, la diversification de notre système agricole favorise la construction d’un système alimentaire résilient, et la réduction du recours à l’élevage intensif rend notre système alimentaire moins vulnérable aux maladies zoonotiques ou aux perturbations dans la chaîne d’approvisionnement.

D) D’un point de vue scientifique, ça me semble vraiment cool. Pour produire de la viande de culture, il est nécessaire que nous examinions l’ingénierie tissulaire sous un angle totalement nouveau. Dans ce cadre, le prix et l’échelle revêtent une importance primordiale alors que les considérations biomédicales traditionnelles (par exemple, la fonction tissulaire ou l’implantabilité) perdent de leur pertinence. Je pense que cette nouvelle perspective peut être riche en enseignements. De plus, je trouve vraiment excitant la possibilité de générer de nouveaux aliments.

Sur quel thème porte votre projet de recherche ?

Je travaille dans les domaines de la biologie synthétique et de l’ingénierie métabolique, ainsi que sur leurs applications dans celui de la viande d’élevage. Plus récemment, je me suis penché sur l’ingénierie nutritionnelle des cellules musculaires bovines.

Pour être plus précis, nous avons montré que l’insertion de la voie de biosynthèse des nutriments végétaux antioxydants (appelés caroténoïdes) dans les cellules souches musculaires bovines peut permettre la production de ces nutriments dans les cellules. Par ailleurs, ces nutriments peuvent conférer une nouvelle fonctionnalité nutritionnelle à un produit carné de culture.

Quels sont les défis posés par le travail sur la viande de culture ?

Des problèmes d’échelle et de coût, encore et toujours. Comme je l’ai mentionné, la production de viande de culture nous oblige à examiner l’ingénierie tissulaire en tenant compte d’un ensemble de contraintes de conception inédit.

C’est à la fois passionnant et très complexe, car jusqu’à présent, la question du coût n’avait guère de pertinence d’un point de vue médical. Explorer de nouvelles méthodes innovantes afin de réduire le coût de production (c’est-à-dire en faisant baisser le coût des milieux de culture) constituera un enjeu déterminant pour progresser dans ce domaine.

De quelle manière ChemoMetec vous a-t-elle aidé à avancer dans vos recherches ?

Les produits ChemoMetec ont contribué à considérablement accélérer et simplifier notre processus de travail. Le NucleoCounter® NC-200™ a rendu la numération de cellules beaucoup plus rapide (et c’est une mesure que nous devons très souvent effectuer dans le cadre notre travail).

Combiné au NC-200™, le NucleoCounter® NC-3000™ m’a été d’une aide précieuse pour évaluer le succès de mes efforts en matière de génie génétique. De manière plus spécifique, le test d’efficacité de transfection a considérablement accéléré et simplifié le processus de vérification de l’expression génique. Auparavant, nous utilisions un hémocytomètre pour effectuer la numération de cellules. Ce procédé prenait beaucoup plus de temps que le NC-200™. Pour réaliser les tests d’efficacité de transfection, il fallait que je recoure à la cytométrie en flux, une méthode elle aussi beaucoup plus chronophage que l’utilisation du NC-3000™.

Selon vous, quel sera l’impact de votre recherche sur la viande de culture ?

J’espère que les travaux d’ingénierie nutritionnelle que nous effectuons susciteront l’intérêt de la communauté scientifique/du grand public afin qu’ils prennent conscience des applications potentielles de la viande de culture, en particulier dans le contexte de la création de nouveaux aliments et de l’amélioration des propriétés nutritionnelles des denrées alimentaires.

D’après vous, comment évoluera la viande de culture au cours des 5 à 10 prochaines années ?

Je m’efforce de m’abstenir de faire des prédictions (car ce domaine comporte encore des très nombreuses inconnues). Cependant, j’espère que dans 5 à 10 ans, il sera possible d’acheter des produits à base de viande de culture (et qu’ils seront délicieux, évidemment !).

J’aimerais aussi que les recherches universitaires sur ce sujet se multiplient et qu’elles aboutissent à de nouvelles innovations qui, en plus d’avoir un impact sur le développement de la viande de culture, entraîneront également des retombées positives dans des disciplines connexes. Espérons que le nombre croissant d’articles de recherche publiés s’accompagnera d’une augmentation du financement public pour les travaux consacrés à la viande de culture et, plus généralement, à l’ensemble du domaine de l’agriculture cellulaire.

Apprenez-en davantage sur les recherches d’Andrew en lisant sa récente publication dans Metabolic Engineering.